L'hiver approche à grands pas, et il se manifeste au Japon par un vent glacial venant de Sibérie. Donc, bien que Nagoya soit à peu près à la latitude d'Alger, côté froid, ça ne rigole pas:
dehors, on se les pèle grave. Et inutile d'espérer retrouver la chaleur de son foyer, car en ce qui concerne les moyens de chauffage, ils sont particulièrement rudimentaires. Car si le Japon
montre une avance technologique remarquable dans bien des domaines, il semblerait que cela se fasse au détriment d'autres, et en particulier ceux concernant l'isolation et les appareils de
chauffage.
Le plus répandu est le
chauffage à essence, et dès les premiers froids, les camionnettes vendant le précieux
carburant parcourent les rues en diffusant
ad nauseum "Yukiya konkon", une chanson enfantine vantant les joies de l'hiver. Ces chauffages à essence sont très peu pratiques, horriblement
puants, et provoquent tous les ans des brûlures graves, voire des incendies. Il y a heureusement des
appareils
au gaz, mais eux aussi présentent le désavantage de vicier l'air, et lorsque vous avez passé deux heures à tenter de chauffer votre intérieur, ce qui est souvent impossible à cause d'une
isolation inexistante, il faut impérativement aérer pendant cinq à dix minutes, et tout est à recommencer. Car ces appareils ont la particularité de surchauffer dans un rayon d'un mètre, et
d'être totalement innefficaces au-delà, ne laissant donc le choix qu'entre être cramé ou être gelé, sans réelle solution intermédiaire.
Du côté des appareils électriques, ce n'est guère mieux, car ils sont basés sur le même principe que les précédents. A l'exception notable du
kotatsu, sorte de table basse entourée d'une couette et dotée en son milieu d'une lampe chauffante. Quand vous êtes les pieds dessous,
emmitouflés dans la couette, vous êtes enfin au chaud. Mais vous êtes immobilisé et ne pouvez pas faire grand chose, hormis regarder la télévision ou manger des mandarines. Les tapis chauffants
sont également assez répandus, mais ils ne chauffent vraiment que les pieds. La nuit, la plupart des japonais dorment sans chauffage. Ils prennent un bain bien chaud avant d'aller au
futon, dans lequel ils s'emmitouflent jusqu'au matin. Ils utilisent aussi des bouillottes. Mais pour peu que dans votre sommeil, vous sortez malencontreusement un pied ou un bras, vous
vous retrouvez avec la goutte au nez le lendemain matin.
Pour ma part, j'ai réussi à mettre la main sur un radiateur électrique à huile, évidemment importé, et c'est lui qui nous évite la congélation, et les rhumes en continu dont la majorité des
japonais est affligée tout l'hiver. Et encore, à condition d'éviter les lieux surchauffés, comme les magasins ou certains lieux de travail, grands espaces équipés de climatisations conséquentes
avec des thermostats très performants, mais dont les nombreuses options, pour une raison mystérieuse, sont parfaitement inutiles car ils sont toujours obstinément réglés sur la température
maximale. Le passage entre ces endroits et l'extérieur ne pardonne que rarement et le rhume en résulte souvent.
Cette situation est d'autant plus étrange que le Nord de l'archipel, en particulier l'île de Hokkaido, est soumis à des hivers aux températures quasi-polaires qui ont obligé ses habitants à
prendre en considération quelques notions élémentaires de chauffage. Mais plus au Sud, ça reste très marginal, même dans les habitations les plus récentes.
Plus avisés que les Humains, les chats japonais ont trouvé
un moyen original de rester au chaud.