Les anciens irlandais prisaient les Dieux et Déesses par lots de trois. C'est d'ailleurs très certainement en exploitant cette particularité que les missionnaires du moyen-âge ont pu leur
refourguer la religion catholique, utilisant la Sainte-Trinité en guise d'argument de vente.
Le Uilleann-pipe n'est certes pas une religion, mais peut être considéré comme un sacerdoce. Et comme tout ce qui touche la musique traditionnelle irlandaise, il comporte une part de sacré. Ce
n'est donc pas un hasard si les joueurs de Uilleann-pipes se vouent à diverses trinités.
La première est celle des "Grands Anciens", trois joueurs devenus des légendes, j'ai nommé
Willie Clancy,
Leo Rowsome et
Seamus Ennis.
Ce dernier a d'ailleurs développé la fameuse règle de 3X7, mêlant habilement le trois à un autre chiffre sacré. Cette règle peut être considérée comme un véritable dogme des pratiquants de cet
instrument: Pour devenir un joueur de Uilleann-pipe, il faut sept ans d'écoute, sept ans d'apprentissage et sept ans de pratique.
La deuxième trinité est celle des "vieux", joueurs encore vivants et déjà légendaires:
Paddy Moloney,
Liam O'Flynn et
Paddy Keenan. Il est fort dommage que le second ne se soit pas prénommé
Paddy lui ausi, car nous aurions eu une trinité parfaite. Mais on se consolera en sachant que ces trois gaillards ont été ou sont encore les Uilleann-pipers des trois groupes de légendes que sont
The Chieftains,
Planxty et
Bothy
Band.
En ce qui concerne les joueurs de la "jeune" (et moins jeune) génération, la trinité reste à définir, et je ne m'y risquerais pas, car cela ne manquerait pas de provoquer d'interminables
controverses. Il faut attendre que l'histoire fasse sont oeuvre. Quoiqu'à titre personnel, je pense que
Ronan Browne y a déjà gagné sa place.
On notera aussi que l'instrument lui-même, dans sa configuration la plus fréquente, est doté de trois bourdons et trois régulateurs. Et dans le jeu, les triplets ont un rôle non-négligeable.